Yi Jin Jing avec M. Saiah 19-20 mai 2018

C’est avec un très grand plaisir que nous accueillerons à nouveau Mohammed Saiah, enseignant à Nantes, pour un stage consacré au Nei Gong Yi Jin Jing, les 19 et 20 mai 2018.

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Lors de ce stage, nous continuerons le travail d’exploration des anciennes méthodes chinoises de Nei-Gong et de Dao-Yin.  Nous entrerons dans l’étude approfondie du Yi Jin Jing.

Le Yì Jīn Jīng est composé d’étirements profonds des tissus (muscles/tendons/ligaments) et des méridiens d’acupuncture. Cette méthode de Qi Gong possède des postures statiques, des mobilisations spécifiques qui permettent de libérer les toxines (stress, douleur, etc) stockées dans les tendons et le sang. Cette méthode est une pratique essentielle du Nei Gong. Selon la légende, elle aurait été transmise par Da Mo (Bodhidharma) aux moines de Shaolin afin de renforcer leur corps. Le Yi Jin Jing (face Yang de ce cycle d’entraînement) est accompagné de la méthode de nettoyage des moelles : Xi Sui Jing (facette Yin) à plus haut niveau. Les pratiquants taoïstes soutiennent que c’est une pratique taoïste que Da Mo (Bodhidharma) a apprise et testée sur ses disciples. La première mention de cette pratique est en effet d’un moine taoïste et semble avoir de solides racines alchimiques taoïstes.

Chaque set développe une grande force musculaire de l’ensemble du corps, renforce le tonus musculaire et le contrôle des tissus mous. Petit à petit, il permet également d’unifier l’ensemble du corps, et la capacité à émettre le Qi.

Programme du stage Yi Jin Jing

Lors de ce stage nous explorerons en détails les 3 forces ou San Cai 三彩 héritées des 3 Trésors de la tradition alchimique taoïste. En chinois, le chiffre trois (Sān) est représenté par 3 lignes horizontales qui symbolisent les trois couches de l’Univers : le Ciel La Terre l’Humanité Chaque couche se divise à nouveau en 3 pour donner naissance à 3 nouvelles fréquences d’énergie : Les trois trésors du Ciel : le soleil, la lune et les étoiles. Les trois trésors de l’Humanité : Jing (Essence), Qi (énergie vitale) et Shen (Esprit). Les trois trésors de la Terre : l’eau, le feu et le vent.

Description du stage Yi Jin Jing :

9 heures de cours pratique et théorique cours théorique sur le Qi Gong des tendons (rôles, actions et méthode) percussions des méridiens (version Yang) ou Pai Da Gong un travail d’étirements spécifiques dit Wai Gong ou Daoyin la forme en 2 mouvements spécifiques du Yi Jin Jing taoïste

Bienfaits de la méthode :

Relâchement profond grâce aux étirements rythmiques des tissus Yin & Yang    Ouverture de l’ensemble du corps et en particulier les tendons/ligaments/fascias Ouverture naturelle et progressive de la petite circulation céleste                            Meilleure circulation du sang & du Qi.

Lieu : Huelgoat (29) ou Berrien (29) : à préciser

Tarif : 90 euros

Renseignements et inscriptions : 06.48.00.69.36 ou ercloarec@gmail.com

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Déraciner

L’enracinement

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Il est un concept que l’on invoque à satiété dans les arts martiaux, surtout ceux dit « traditionnels », c’est celui d’enracinement. De même, on l’entend fréquemment dans les formations théâtrales, et je crois en danse. Comme souvent, chacun semble comprendre exactement de quoi il s’agit et quelles compétences le mot recouvre exactement. Il n’en est rien. Je me suis rendu compte qu’il était souvent mal compris, et pouvait même dans un sens être un frein à la progression.

Une compétence fondamentale…

L’enracinement est par définition une compétence statique. Je ne connais pas d’arbres qui marchent. L’image du roseau, qui « plie mais ne se rompt pas » chère à La Fontaine est belle et semble s’appliquer à merveille à nos arts martiaux. Mais est-ce vraiment le cas ?

Techniquement qu’est ce la capacité à s’enraciner ? Et en quoi est-elle utile à la pratique des arts martiaux ?

On peut d’abord définir l’enracinement comme l’action de « s’ancrer » dans le sol : laisser descendre son poids » vers le bas, se « faire lourd », « faire descendre le Qi ». etc. Cette action combinée au relâchement et au respect d’un certain nombre d’alignements, qui sont fondamentalement dictés par l’anatomie et la gravité, permet de développer dans le corps une sensation d’enracinement, de lourdeur rassurante. Il existe plusieurs méthodes assez claires qui permettent de travailler cette compétence, et à moins de recevoir des indications erronées (je pense par exemple à une des aberrations les plus répandues : l’idée saugrenue de s’enraciner par rétroversion forcée du bassin ), on peut assez rapidement l’acquérir. On notera d’ailleurs que cette intention vers le bas, vers le centre de la terre, s’équilibre par une intention ascendante équivalente.

Quel est son intérêt pour la pratique ?

Cette capacité va de pair avec celle du relâchement, elle est d’ailleurs une des méthodes possibles pour intégrer en soi ce relâchement, qui est lui-même un pré-requis incontournable à toute pratique « fine ». Donc pour résumer, la pratique de méthodes d’enracinement permet de développer le relâchement, et éventuellement vice-versa.

L’enracinement cultive aussi une sensation de stabilité psychologique, d’assise intérieure qui n’est pas à négliger, ni dans la pratique martiale, ni dans la vie quotidienne. Elle est elle aussi une conséquence du relâchement, qui permet un apaisement et un « équilibrage » de l’activité nerveuse et métabolique. Un processus bien connu notamment sous le nom de « réponse de relaxation », et qui est à l’œuvre dans les techniques de méditation de toutes origines et obédiences.

Sur le plan du travail avec partenaire, cet enracinement permet de recevoir une pression de l’extérieur sans perdre son « propre centre », dans la mesure ou l’actualisation des alignements et relâchements évoqués plus haut autorise à « laisser passer » cette pression à travers son corps, de la laisser s’écouler dans le sol. C’est là qu’interviennent notamment les fameuses « connections » dans le corps. Certains arts martiaux comportent beaucoup d’exercices destinés à « ouvrir  ces  portes » qui permettent la libre circulation des forces, pressions, et « souffles » divers (vous noterez les précautions sémantiques…), et à trouver le « chemin du sol ». Ces exercices sont importants, utiles, nombreux, et même indispensables pour affiner la conscience corporelle, tester les alignements, identifier et dissoudre les tensions. Cependant, si nous sommes là dans le registre des capacités fondamentales, nous ne sommes pas encore dans celui du « combat » à proprement parler. c’est justement à cette intersection, il me semble que peut s’enraciner la confusion.

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Dessins de vulgarisations illustrant l’enracinement, potentiellement source d’ambiguïtés

… mais pas une fin en soi

Les exercices, pratiques et tests évoqués plus haut sont réalisés dans un cadre connu : on teste, on ajuste, on affine, on teste à nouveau, etc. Comme tout ce à quoi on consacre du temps et de la concentration, on finit par devenir bon. La tentation est grande alors de s’enraciner…dans nos certitudes… et, une fois n’est ps coutume, de confondre le doigt et la lune.

La pratique du « combat » (là encore, j’y mets les guillemets d’usage : j’entends par là tout exercice d’affrontement à incertitude et pressions modérées à fortes) requiert avant tout, il me semble, de la mobilité. C’est donc à-priori tout le contraire de l’enracinement. En d’autres termes, l’enracinement n’est pas une stratégie sur laquelle compter en combat.

Je dis parfois à mes élèves, une fois qu’ils sont à l’aise avec quelques exercices d’ancrage, ou d’enracinement (je n’utilise d’ailleurs pas ces termes pour éviter les ambiguïtés) et quelques tests de structure : « c’est bien, vous savez être stables, vous sentez le sol, maintenant pour le combat, oubliez ça et faites le contraire ».

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Le maitre de Taijiquan Cheng Man Ching dans une de ses célèbres démonstrations d’enracinement

Le problème de l’enracinement en combat est qu’il freine énormément la mobilité, et qu’il ne permet pas de répondre efficacement à l’inconnu de ce qui va suivre. Toute racine constitue potentiellement un ancrage, donc un levier, et constitue donc un « cadeau » que l’on fait l’adversaire. On lui sert en quelques sortes, le chemin de nos racines sur un plateau. En Taiji, où les compétences « d’écoute » (Ting Jing) sont sensées être développées au plus haut niveau, on parle dans certains cercles de la « maladie du double poids », une notion qui donne lieu à d’interminables (et ennuyeuses) exégèses. Une compétence travaillée est d’ailleurs celle de « déraciner » l’adversaire (Ti fang ) Je m’en tiens donc à mon intuition bête et simple que c’est de cela qu’il s’agit : en prenant un appui trop lisible dans le sol (ou sur l’autre), on dévoile sa structure et on offre à l’adversaire un levier. Cela saute aux yeux dans les arts où la dimension « grappling » est prépondérante. Dans les arts de frappe ou les armes, la mobilité est essentielle, de même que la lecture d’intention, qui consiste à déceler à travers un ensemble de signes visibles ou non le point d’origine (la racine) du mouvement adverse. « Prendre le centre » est une expression que l’on entend au moins autant qu’ »enracinement », et recouvre à mon sens, globalement la même problématique. On pourrait résumer en disant que l’enracinement est une compétence fondamentale aux arts martiaux… sauf en combat.

Une fois identifié et distingué ce que l’on est sensé travailler dans tel ou tel exercice, la question se pose du « comment on s’entraîne ». Dans le cas qui nous occupe, l’élucidation du malentendu constitue déjà la moitié du travail. Il est fréquent que certains exercices « traditionnels » subissent des altérations ou des déplacements d’objectifs, qui les dépossèdent presque entièrement de leur substance, et donc de leur intérêt. Parfois, on se retrouve complètement à rebours du sens initial de l’exercice. Cela est particulièrement vrai pour les exercices dits « de base », ce qui est convenons-en, assez problématique…puisqu’il s’agit des bases, et particulièrement aussi dans les arts peu tournés vers le travail « libre » (troisième précaution sémantique). Et l’invocation de la « tradition » ne constitue en aucun cas une garantie.

S’efforcer de retrouver le(s) sens premier(s) des exercices, sans craindre de tout reprendre à zéro, quitte à voir s’effondrer les châteaux de cartes (somme toute assez peu stables) de nos certitudes enracinées. Travailler à s’alléger au moins autant qu’à s’alourdir. Chercher comment rendre « invisible » ses ancrages, voire à les éliminer. Chercher des racines en soi plutôt que sur un sol qui peut être glissant, irrégulier, encombré, ou se dérober sous nos pieds : juste quelques pistes pour clore ces élucubrations sauvages.

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Activités

 

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Cours hebdomadaire à Berrien (Ti ar Gouren) :

  • Jeudi soir de 19h à 21h : Taijiquan Sun et Bases du combat

Lieu : Ti ar Gouren (Berrien). Reprise le jeudi 14 septembre

Atelier mensuel (environ un samedi par mois) :

  • Xingyiquan, principes et stratégies des arts martiaux internes,
  • Bases du combat
  • Samedi 30 septembre
  • Samedi 21 octobre
  • samedi 16 décembre

Des stages exceptionnels :

Per Nyfelt (4 et 5 novembre 2017) à Huelgoat : Xingyiquan style Sun

Tim Cartmell,  (17, 18 mars 2018) : Sun Taijiquan, Projections sans efforts.

Sean Wood : Avril 2018 : Poussées des mains Taijiquan / Projections et soumissions (JJB)

Mohammed Saiah : 19-20 mai 2018 :   Yi Jin Jing Qi-gong (+ révision Xingyi Neigong le samedi matin).

(Infos détaillées à venir au fur et à mesure)

Renseignements et inscriptions : 06.48.00.69.36 ou sur la page de liaison du blog

 

 

Tangible et intangible

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Ce mois-ci, je me rends compte que cela fait 28 ans pile que j’ai poussé la porte d’un dojo pour la première fois. Aucune gloire là dedans, juste des années qui passent, se succèdent. Parfois on se retourne et on mesure le chemin parcouru. Ou plutôt on demande comment mesurer ce chemin parcouru, car j’ai grand peine à en avoir une vision claire, à quantifier, à mesurer ce que je retire de tout ça, comme si le temps effaçait les traces au fur et à mesure. Que serais-je aujourd’hui si ma route n’avait croisé celle de l’Aikido ? Différent assurément. Mais en quoi ? Qu’est ce qui serait différent en moi ? Qu’est ce qui constitue cette expérience ? Jusqu’à quel point cette expérience est constitutive ‘de ce qui est moi aujourd’hui ? Mon parcours dans ce domaine est fait de périodes de dévotion totale et intense ‘à la pratique, entrecoupées de périodes de doutes, de pratique plus occasionnelle, de rejet aussi parfois et d’autres expériences. Un pratiquant banal en définitive. Mon parcours ne s’évalue donc pas en titres, grades, dans ou quoi que ce soit de ce genre. De même, si le nombre d’ années de pratique indiquait objectivement le niveau atteint, je serais probablement un grand maître ventru croulant sous les dans aujourd’hui. Et pourtant, une certaine lucidité m’oblige à reconnaître que je suis un pratiquant médiocre. Cette même lucidité m’oblige aussi à reconnaître que je n’ai pas non plus perdu  mon temps, et que je trouve toujours du sens à LA pratique, et à MA pratique. Les années de pratique sont là, inscrites dans la mémoire de mon corps. Je peux les sentir, les invoquer, retrouver des sensations qui ne sont plus celles d’aujourd’hui mais que je peux convoquer presque à volonté. Inscrites aussi les erreurs et les errances, les blessures physiques et les frustrations. Toute cette expérience pour une grande part impalpable est finalement le seul trésor qui nous reste. Avec les années, il peut sembler que ce trésor s’amenuise, car on laisse sur le bord de la route quantité de casseroles inutiles, de fantasmes plus ou moins assumés, quantité de gesticulations obsolètes. Ce qui reste, nos orientations de travail d’aujourd’hui, n’en a que plus de valeur. Les images ne manquent pas pour évoquer ce processus que nous connaissons tous : polir un miroir, débarrasser progressivement un diamant de sa gangue, le Travail en somme. Avec ce qu’il faut de détachement envers le résultat, le fruit de ses actes, comme l’enseigne la Baghavad Gita. Ce qui reste, aussi maigre que cela paraisse, devient peu à peu l’objet central de notre étude. Peu à peu, on essaye de se rapprocher du cœur de notre pratique, on cherche à la nommer, à lui donner un contour. Tâche paradoxale s’il en est : on se heurte à l’impossibilité de nommer l’intangible. Tentez l’expérience si le cœur vous en dit : définir en quelques mots les motivations profondes qui animent votre pratique. Tout en écrivant, je m’astreins à l’exercice et voici ce qui sort : La présence. La présence à soi, aux autres, au monde. La conscience : la conscience de plus en plus fine de mon corps, de ses mouvements internes et motivations secrètes, y compris les intarissables ruminations de mon esprit, les chevauchées fantastiques de mon imagination, les paresses déguisées et les petites lâchetés. « Connais-toi toi-même » en somme, aujourd’hui j’aurais envie de rajouter : « Et ne viens pas nous les briser avec tes états d’âme »…et encore « car les miens sont infiniment plus importants que les tiens à mes yeux ». Comment l’en dedans et l’au dehors de moi se rencontrent.

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J’en viens donc à l’objet de ce texte : il est une polarité avec laquelle je me débats depuis des années, mais qui vient seulement de m’apparaître dans toute sa simplicité : celle du tangible et de l’intangible.

Cette polarités s’incarne de multiples façons : que l’on insiste sur la nature guerrière, combative ou défensive des arts martiaux (si tant est que ces distinctions aient un sens), celle-ci exige des méthodes d’entraînement concrètes mettant le pratiquant en situations plus ou moins analogiques avec l’objet de son étude (en théorie du moins) : le combat. On attend alors d’une pratique qu’elle permette d’acquérir des capacités « réelles », tangibles, vérifiables, palpables, du latin tangibilis « que l’on peut toucher ». Il est légitime que les heures, les semaines, les années de pratique s’accumulant, le pratiquant soit en mesure de démontrer des aptitudes de plus en plus concrètes au combat. Il doit être possible et nécessaire de mesurer, d’évaluer l’acquisition de ces aptitudes. Il est tout aussi légitime d’être tenté de juger de la valeur d’un pratiquant à l’aune de ses capacités réelles. Mais cela pose pourtant immédiatement une cascade de questions : comment et sur quels critères s’opère ce jugement ? Et de quel réel parlons-nous ? De quelles capacités parlons-nous ? (voir « capacités martiales objectives »). Par ailleurs, il semble que plus on progresse/ avance dans la pratique, plus la part du visible s’amenuise tandis que les capacités « invisibles » se développent.

Dès lors, la question qui se pose est celle-ci : où se situent mon expérience, mes acquis, mon « historique de pratique ». Uniquement dans mes souvenirs ? Ma mémoire ? De quelle mémoire parle-t-on ? Est-elle stockée quelque part ? Et si oui sous quelle forme ?  Dans des boites, hermétiques les unes aux autres ? Sous la forme d’un gros bouillon de culture où flottent quelques agrégats de souvenirs ? Dans un fichier rangé par ordre alphabétique ? Chronologique ? Technique ? Où sous la forme plus intangible de réminiscences sensorielles plus ou moins ordonnées ? Bien sur, les sciences cognitives, les neurosciences ont probablement réponse à toutes ces questions, mais je m’en tiens pour l’heure à des questions simples à la manière d’un Candide qui m’amènera peut être à un énoncé plus personnel, plus proche de mon expérience, et donc plus utile.

Condensation progressive, évaporation du trop plein, affinement progressif, maturation. Beaucoup de choses restent grossières, mais des lignes s’affinent, de la densité et de la légèreté tout à la fois, on peut parfois sentir des lignes, voire un point unique, on peut parfois sentir des mouvements internes. On ne prend plus trop les vessies pour des lanternes. On n’a plus trop de certitudes et on apprend à apprivoiser cette « Bienheureuse insécurité », comme dirait Allan Watts.

Il semble que l’entraînement aux martiaux trouvent leur justification dans cette contradiction : Ancrée dans le réel, le tangible, la lutte des corps ou son évitement, la survie, la technicité, elle débouche d’elle même sur l’intangible, le non palpable, la sensation.

En forme de conclusion à cette digression boiteuse : Il est toujours utile de triturer un peu le sens des mots que l’on emploie, quitte à en retirer des déceptions ou au contraire, de ces petits satoris que la sémantique nous offre parfois. Ainsi en cherchant du coté du tangible et de l’intangible on trouve ceci (sur wikipedia)

Tangible :Du latin tangibilis (« qu’on peut toucher », « palpable ») dérivé du verbe tangere (« toucher »).

Intangible (qui échappe au sens du toucher, par extension qui doit rester intact, sacré, inviolé)

impondérable : Figuré) Élément spirituel, cause morale que l’on ne peut mesurer, préciser et dont l’effet peut néanmoins être puissant.

(Au masculin) Élément imprévisible qui a une influence sur le cours des événements.

Et comme j’aime bien les listes, je vous propose d’établir votre propre liste de choses tangibles et intangibles dans la pratique…

Stage exceptionnel de Xingyi Neigong

 

 

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Les pré-inscriptions pour le stage de Xingyi Neigong qui se tiendra les 10 et 11 juin à Berrien sont ouvertes. C’est avec un très grand plaisir que nous accueillerons Mohammed Saiah, enseignant  de Qi-Gong et Nei-Gong basé à Nantes. Mohammed possède une pratique très approfondie et passionnée des arts martiaux et arts de santé de Chine, doublé d’excellentes qualités de pédagogue. C’est donc une occasion exceptionnelle d’explorer en profondeur une pratique peu connue mais accessible à tous : Le Xingyi Neigong.

Le site de Mohammed Saiah : http://www.cours-qigong.fr/

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Le Xingyi Neigong c’est quoi?

Les arts martiaux chinois traditionnels possèdent de nombreux aspects : techniques de bases (Jibengong), formes (Tao Lu), exercices avec partenaires (TuiShou, etc), applications martiales, travail libre, armes, etc. Cependant, beaucoup d’entre eux sont construits sur une utilisation spécifique du corps, une « mécanique interne » qui leur est propre et qui se travaille dans des séries d’exercices plus ou moins complexes et qui constituent le « noyau » de la pratique : le Neigong. Ces exercices peuvent parfois être simples en apparence mais porteurs de nombreuses clés pour « libérer » le potentiel spécifique de l’art martial. Le rôle de l’intention (Yi), l’alignement postural, la conscience corporelle et les coordinations  y sont primordiaux. Ils sont souvent conçus également dans une double perspective martiale et prophylactique : Les mêmes mouvements agissent sur l’intégration des capacités martiales fondamentales et sur l’entretien fondamental de la vitalité. Enfin, si les méthodes de Neigong sont souvent associées spécifiquement à certaines traditions martiales, leur génie réside dans leur transférabilité. Il s’agit vraiment d’acquérir quelques outils précieux de « travail interne ». Le Xingyi Neigong est associé à l’art martial du Xing Yi Quan. Mais chacun peut expérimenter les effets positifs d’une pratique régulière pour lui-même, indépendamment du cadre particulier de l’art martial. Les 16 exercices du Xingyi Neigong que nous étudierons ont été codifiés par Wang Ji Wu, une figure majeure du Xingyiquan au 20ème siècle, qui était aussi praticien de médecine traditionnelle chinoise. Il compila ces exercices sur la base des anciens Dao Yin, qui visaient à renforcer le corps tout entier, pour ses élèves de Xingyiquan et ses patients.

L’ouvrage de Wang Ji Wu a fait l’objet d’une excellente traduction en anglais que l’on doit à Tim Cartmell et Dan Miller. Un de mes livres de chevet.

 

Le programme du stage :

  • Théorie fondamentale : les « 8 prérequis » du Xing Yi Chuan
  • Pratique posturale : San Ti Shi (courant Hebei)
  • Nei Gong en 16 mouvements de Wang Ji Wu

Fiche de préinscription à télécharger ici :pre-inscriptions-stage-xyng

4 questions, par Christophe Bertrand

C’est avec un très grand plaisir que je publie aujourd’hui le texte de Christophe Bertrand sur les quatre questions, rappelées ci-dessous. Christophe s’était lancé dans la rédaction de ce texte dès le début, mais n’y avait pas mis un point final jusqu’à récemment. Je suis vraiment très heureux que son texte ait finalement abouti ; D’abord parce que Christophe est un ami cher, dont j’apprécie la recherche, la pratique et la personnalité. Ensuite parce que son texte possède une qualité d’écriture et une sincérité qui me parlent tout particulièrement. Je ne vais pas épiloguer sur le sujet et je vous laisse à la lecture.

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Christophe enseigne le Taijiquan, le Taikiken et le Qi-gong à Lille.

Son site : http://www.karenza-web.com/

D’où parles tu ?
Connais toi toi même.
Les ancêtres et les morts.
Forger ses propres outils
D’où parles tu ?
Terre, France, en Touraine, un village de campagne.
J’ai 8 ans,
Ma soeur a un an. Cassée. Dans ma tête, une image de radiographie.
Un bassin quasiment parallèle à la colonne vertébrale, je n’arrive pas à finir l’image dans ma tête
parce que je ne comprends pas comment mettre les vertèbres.
Ce soir papa a du sang partout sur la tête quand il rentre. Il a cassé la voiture parce qu’il a raté le
portail.
J’ai 9 ans,
Mon école a fermé, je dois aller à la grande école de la ville. Je suis le plus petit là-bas, un costaud
me tape, me met la tête dans le sable ou je jouais. Et un autre arrive, il s’appelle Stéphane, il est
grand aussi, il l’attrape et ils se battent. Stéphane, il défend les petits.
Papa m’a emmené à son travail, l’autre jour. J’étais fier. Lui aussi je crois. Il y avait des grosses
machines, dans une grosse usine. Plein de camions devant.
Ce soir. En mangeant devant la télé, il grogne sur le patron, la paie, il se sert un verre, et ne dit plus
rien .
J’ai 10 ans,
L’hôpital, ma mère pleure à la portière de la voiture.
Ma soeur ne peut pas bouger, elle a ce drôle de plâtre jusqu’à la taille qui écarte les jambes.
Je joue dans ma forêt, je cours, je me perds.
Ce soir papa est couché dans la cour, la tête sur le gravier. Il fait noir. Je crois que je dois faire
quelque chose mais je ne sais pas quoi.
Connais toi toi même
J’ai 20 ans, Orléans, École des Beaux Arts
Je me bagarre avec mes feuilles. Je tremble et ça ne veut pas rentrer dans le carton à dessin.
Un membre du jury me regarde, un peu désolé.
« Et qu’est-ce que vous avez pensé de l’exposition de Bazaine le mois dernier »
« Heu.. Je ne l’ai pas vu »
« Ah… Vous ne pensez pas que vous auriez dû ? Vu votre travail. »
« Si si, c’est vrai »
« Vous savez, on ne peut rien faire de plus, nous. C’est à vous de vous positionner, de trouver vos
références et de travailler. Ça, ce n’est pas suffisant, avoir du potentiel, ça ne suffit pas ».
J’ai 21 ans, Orléans, quartier de l’Argonne.
La porte du gymnase s’ouvre. Lui, c’est Pascal, une tête ronde de boxeur, une démarche puissante,
un regard gentil. Il m’amène voir le professeur.
Le cours commence… Je rêvais de ça et je le vois. La puissance et la légèreté, les enchaînements
mystérieux, la joie du mouvement. Je veux ça aussi, bouger comme ça.
Des gars du quartier, 5 ou 6 sont venus « voir ». Ils chahutent et font du bruit. Mr Stoll élève la voix.
Une fois.
Ils s’en vont.
Tout, j’apprends tout, je connais tout, je m’entraîne sans arrêt, j’ai des carnets plein de notes. Et je
commence à changer.
J’ai 24 ans, Orléans, chez moi.
Je suis couché dans la cour, la tête sur le sol. Mes jambes brûlent, je ne tiens plus debout. La tête
tourne. Encore 50 répétitions à faire, je me relève. Je tombe. Je me relève.
Les vendredi soirs, on est au dojo, et c’est combat. Souvent j’ai mal au ventre, ou je suis fatigué.
Mais j’y vais en général, et puis finalement j’y vais toujours.
Les anciens sont tous là, je passe avec tous, chaque fois. Les coups de Pascal, comme des marteaux.
Fred, il bouge si vite, et je tombe, plié en deux. Mr Stoll, c’est comme heurter un train. Et puis je me
relève, et puis j’y retourne… Et à force, je fais avec la peur.
J’ai 28 ans, Orléans, l’usine.
Il est 2h30 du matin. Les machines tournent, un vacarme en rythme, on bosse bien aujourd’hui, on
devrait dépasser l’objectif. La radio chante fort, les gars ne parlent plus, portés par la cadence du
convoyeur et la fatigue.
Je me sens bien, tellement bien, à ma place, là, à alimenter le monstre mécanique, abruti par la
chaîne. Je pourrai rester, revenir tous les jours, sans fin.
Je rentre à 6h30, la nuit de travail terminée. Je ne dormirai pas aujourd’hui. L’estomac me brûle.
Tout mon corps refuse. Je ne sais pas ce que c’est, mais je n’en veux pas.
Les ancêtres et les morts
Mon grand-père n’était pas le père de mon père. Un type de passage. Ce qu’il a laissé, mon père l’a
bu jusqu’à la mort. Je n’en veux pas
Mon autre grand-père, un petit homme mesquin et violent. Il a battu femmes et enfants, jusqu’à les
briser. Ce qu’il a laissé… Je n’en veux pas.
J’ai 25 ans. Mon village, en Touraine
Mon père est mort il y a quelques jours. On retourne dans la maison de notre enfance. Vieille.
Humide. Une odeur rance. Nourriture moisie dans le frigo. Bouteilles vides. Sur la cheminée, de
vieilles photos de nous. Il habitait là mais ne vivait plus. Il buvait seulement.
Je traîne un peu pendant que mon frère monte dans notre chambre. Et puis j’y vais aussi, j’entre dans
la grande pièce vide, la lumière est épaisse de poussière, il est assis par terre. Il porte le vieux
manteau de notre père.
Je vais le garder son vieux manteau, le porter souvent. Et un jour, je ne le porterai plus.
Le corps cassé de ma soeur. C’est le corps entravé de ma mère, qui n’abandonne jamais, sa prison à
vie. Le corps bouffi de mon père, qui abandonne. Noyé dans l’alcool, désarticulé, détruit dans sa
voiture. Abandonner ou pas. Entravé ou écartelé.
Je dois avoir le choix. Il y a une autre voie.
J’ai 30 ans, Paris.
T. Sensei parle de son maître de Karaté. Il est mort il y a peu de temps. Il était célèbre et admiré,
mais à 70 ans à peine, il ne pouvait plus marcher, il fallait le porter.
« C’est ce que vous voulez ? Ou êtes vous prêts à transformer votre pratique pour vieillir et faire
votre chemin ? » On peut choisir et choisir c’est refuser.
Il y a un mouvement premier, un courant qui te pousse dans le dos. Tu l’accompagnes, adaptes toi.
Suivre la ligne, l’infléchir peut-être, la transformer parfois. Couler dans la courbe, maîtriser les
matrices, en lâchant, en coulant, en n’étant que le vent. Un murmure, un élan, appeler l’ouragan.
« Pas besoin de professeur, vous avez un miroir, un kata, et ça suffit. »
Il y a un grand miroir sur l’armoire de ma chambre. Je prends la posture, 20 mn, je me regarde. Je
fais mille coups de poing. Je me regarde. Je fais cinq cent coups de pieds. Je me regarde. Les heures
passent. Je ne tombe pas. Mon reflet me regarde, il va faire quelque chose, je ne sais pas quoi.
« Il faut savoir regarder, un véritable adepte peut voler une technique et se débrouiller »
Les bouquins s’accumulent au pied de mon lit. Mais ils me parlent moins que les gestes, les formes.
Les livres du corps.
J’ai 35 ans, Paris.
Dans le parc, pas loin de la Géode, il y a une grande dalle, avec un carrelage. Avec les bâtiments pas
loin, tout est orthogonal. Les 8 directions au sol, les 6 dans l’espace, les axes sont là.
J’y retrouve mon Taichi, et je me glisse dedans chaque jour. Un vêtement ancien, du solide. C’est lui
qui me porte, il suffit de lui faire confiance. Je fais les mêmes gestes chaque jour. L’espace
s’organise, le corps se forme, l’esprit se pose.
Et puis danser. Avaler l’air vivant, ouvrir le dos. Arrive l’ouragan des ancêtres. Il plante les pas
dans la terre, il parcourt le corps, il bondit, rebondit… Et la force sort en éclats joyeux…
Forger ses propres outils
Il y a toujours un endroit pour pratiquer. Les formes nous attendent, cachées dans l’espace, glissées
dans les trois dimensions. On ajoute la quatrième, temps, souffle, rythme… Et elles dansent pour
nous.
J’ai 39 ans, Lille.
La salle est vide, il fait nuit dehors. Personne n’est venu ce soir. J’ai bien vérifié mes flyers à
l’accueil, et mes affiches dans le quartier. Alors je m’entraîne, je fais les deux heures et le dôjô
existe.
Les gestes s’organisent dans l’espace et le temps.
Les exercices s’organisent entre eux, suivant des axes, des principes.
Mes carnets se remplissent de notes, de préparations de cours. La salle aussi, petit à petit, les gens
viennent.
J’ai 43 ans, Lille
Un samedi matin après le cours. Jade entre dans le dôjô.
« Papaaa, je veux faire le travail avec papaaaa ». Elle se jette sur les tapis, fait des galipettes. Elle
veut toujours faire du travail, avec les bâtons d’eskrima, ou sans rien, sur le tapis la tête en bas.
Chaque nouvelle acrobatie est importante, et il est interdit de la déranger, puisque c’est le travail.
J’ai 45 ans, Lille,
Qigong, taichi, taikiken, les cours s’enchaînent tous les jours, toute l’année, chaque année après
l’autre… je m’arrête pour manger, dormir… Je me dis qu’il faudrait arrêter, faire autre chose, je ne
peux plus m’entraîner ni me reposer, la fatigue s’accumule. Tout le corps me fait mal… Et puis il
lâche, je tombe, je me vois la tête sur le sol… Malade, fiévreux, mon corps impose le repos. Puis il
recommence doucement à bouger. Les formes sont toujours là, les courbes et les forces, cachées
dans les gestes, dormant dans les muscles, attendant de sortir.
Je regarde mes élèves. Il y a les anciens fatigués, les jeunes bagarreurs, les garçons doux et les filles
qui frappent fort, les habiles, et les maladroits… Mais il y a surtout ceux qui s’entraînent. Et ceux-là,
dans leurs corps, les formes, les courbes, les forces naissent, elles émergent.
Ni entravé, ni écartelé. Libre, danser dans l’ouragan des ancêtres…
Je n’arrêterai jamais.

Capacités martiales objectives?

Je ressors un article écrit il y a déjà quelques années, et qui a en quelques sortes marqué l’ouverture d’un cycle de « recherches » et d’expérimentation. Quelques ajouts et quelques coupes plus tard, en voici une nouvelle mouture…

 CAPACITÉS MARTIALES OBJECTIVES ?

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               Taichi on Ice…   

Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’utiliser l’expression « capacités martiales objectives » dans les articles précédents. Il est temps que j’essaie un peu de débroussailler le concept, histoire de voir ce qu’on peut mettre derrière. Les différents arts martiaux, Budo, Bujutsu, (j’entends ces mots au delà du cadre japonais proprement dit bien sûr, pour les étendre à l’ensemble des pratiques martiales mondiales) transmettent des protocoles d’entraînement spécifiques destinés à développer certaines capacités, c’est la raison même de leur existence en tant que « systèmes ». Ces capacités répondaient à l’exigence fonctionnelle intrinsèque de ces arts qui était soit la guerre (arts martiaux militaires) soit la défense de soi et d’autrui (arts martiaux dits civils). Ces méthodes ou protocoles sont aussi des avatars des cultures qui les ont vues naître, et à ce titre, sont difficilement dissociables de considérations religieuses, des représentations du corps et médicales, des croyances populaires, des dimensions familiales, politiques et économiques, voire idéologiques, etc. Puis l’on trouve aussi les « écoles » (ryu, Pai), les « Do », pratiques modernes visant à la formation de l’Homme, les « styles » qui sont des interprétations et adaptations personnelles figées à un moment de leur évolution, et je ne parle pas des sports martiaux ou succédanés plus ou moins heureux d’inspiration martiale.

Pour autant, il n’est peut-être pas inutile de tenter, même maladroitement, de revenir à l’idée première qui a peut être animé les premiers « guerriers » (sous-entendus : conscients et en possession de leur libre-arbitre, ce qui exclut d’emblée toutes les formes d’endoctrinement, militaire ou non, qui ont leur efficacité mais sont selon moi, hors du champ de cette réflexion…) Quelles sont les capacités qu’ils cherchaient à développer, et donc quelles méthodes avaient-ils mis en œuvre pour parvenir à leurs fins. Nous sommes donc en quête des plus petits dénominateurs communs

Existe-t il des aptitudes (capacités/ skills en anglais) qui, bien que possédant des appellations différentes selon les cultures et les systèmes de représentation, seraient plus universelles, c’est à dire qui devraient être entraînées indépendamment des style-système-culture-taille et fonction de l’arme…

Je précise avant d’aller plus loin que les réflexions qui suivent et qui précèdent et ne sont que les friches d’une tentative de définition. Il est possible qu’elles renferment des maladresses ou des erreurs de compréhension. Toutes rectifications ou commentaires sont les bienvenus.

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       Dans un premier temps, j’ai tenté de dresser une liste de ce que l’on peut nommer capacités martiales objectives, c’est à dire les capacités recherchées et développées par les pratiquants pour parvenir à mettre en œuvre les différentes techniques contenues dans leurs arts respectifs, et plus largement, les capacités requises pour « l’efficacité » (encore un mot qui nécessiterait des pages de réflexion…) en art martial. Cette liste est forcément subjective et incomplète et j’invite donc tous ceux que cela intéresserait à dresser leur propre liste. Par ailleurs je ne les ai pas classées selon un ordre particulier d’importance.

J’invite aussi chacun à se demander ce qui, dans son entraînement personnel, ou ce qui est en usage dans « son » art martial, pourrait correspondre à l’entraînement de ces capacités.

Enfin, j’ai volontairement laissé une formulation simple à chaque proposition, chacun pourra ainsi les relier aux « concepts » propres à « sa » tradition et les compliquer à loisir.

  •  Capacité à contrôler/réguler ses émotions : capacité à contrôler/réguler sa respiration.
  • Capacité à générer une force explosive « sans recul ni appel »
  • Capacité à « écouter » l’autre par le contact physique, avec l’ensemble du corps, et avec tous ses sens, ensemble ou séparément.
  • Capacité de « suivre » et « coller-adhérer » à l’autre dans le mouvement.
  • Capacité à s’enraciner (être « planté » et indéracinable)
  • Capacité à « s ‘alléger », à « flotter », à faire disparaître la sensation de sa propre « corporéité »

 

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Kuroda Tetsuzan (Shinbukan) et Leo Tamaki

  • Capacité à masquer ses mouvements (effacer l’appel, visage impassible, droiture…)

  • Capacité de « lire » l’attaque adverse (langage du corps, pré-signaux, appels…). Par extension, capacité à lire une situation, à « voir venir », à lire environnement, paysage, etc

  • Capacité à faire taire son mental et écouter
  • Capacité à « fondre », « céder », sous la pression

  • Capacité à demeurer mentalement et physiquement relâché sous une pression croissante

  • Capacité de mettre « tout son poids » ou « tout son corps » , tout son esprit dans une attaque … et capacité à garder en même temps son équilibre physique et mental.

  • Capacité de mobiliser la « pompe abdominale » (ballon abdominal) à volonté offensivement ou défensivement

  • Capacité à arrêter un geste à n’importe quel moment

  • Capacité à marcher en silence
  • Capacité à bouger très lentement
  • Capacité à s’adapter aux changements permanents dictés par les circonstances et les mouvements de l’autre.

  • Capacité à se déplacer toujours dans l’angle le plus avantageux/désavantageux

  • Capacité à transférer ces capacités dans différents domaines ou activités

  • Capacité à dissocier ou unifier à volonté les différentes parties de son corps

  • Capacité à unifier des images mentales (lignes de force, etc) avec les sensations corporelles.

  • Capacité à être créatif, inventer des façons de s’entrainer, ne briser la routine, de se surprendre soi-même et de se remettre en question.

A cette liste qui n’a, encore une fois, aucune prétention à l’exhaustivité, j’en ai adjoint une autre de « capacités annexes » qui s’imposent progressivement ou plutôt « apparaissent » en épiphénomènes à la pratique. Puis, éventuellement, on se rend compte que les capacités annexes sont encore plus fondamentales que les capacités du premier groupe…

  • Capacité à décider par soi-même/ ne pas se laisser influencer
  • Capacité à prévoir/anticiper/pressentir

  • Capacité à guérir
  •  Capacité de récupération physique, autorégulation, homéostasie/ autoguérison
  •  Capacité à assumer ses choix et ses responsabilité
  • Capacité d’empathie/compassion
  • Capacité à ne pas se prendre au sérieux
  • Capacité à ne pas être obsédé par la bagarre
  • Capacité à s’émouvoir, à percevoir la beauté et le mystère de la Vie sous toutes ses formes.

 

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                      Ici la liste serait vraiment trop longue, et ce n’est pas l’objet de l’article, mais il est intéressant de noter à quel point ces capacités qui sont globalement « positives » (dans le sens de la prise en compte de l’autre, dans le sens d’une sensibilité très grande au qui nous entoure…) sont associées étroitement aux capacités « négatives » (à prendre avec toute monde s les pincettes requises ces notions de « positif et négatif »…) des arts martiaux ( dans le sens de comment devenir le plus efficace possible dans l’exercice d’anéantir l’autre…). c’est sans doute ce paradoxe fondamental qui rend l’étude des Budo/bujutsu tellement profonde (Tatsujin ken/Satsujin ken rappelle Toshiro Suga).

Ce qui frappe ensuite si l’on observe attentivement cette première liste, c’est que les « techniques » proprement dites apparaissent secondaires. Non qu’il faille minimiser l’importance de la maîtrise technique, de l’attention aux détails, du perfectionnement…au contraire c’est par la technique, qui est par définition subjective puisqu’elle est soumise à une quantité infinie de variables, que l’on entre dans la dimension objective que l’on tente de définir ici…Mais, encore une fois, l’application appropriée des techniques est conditionnée par la mise en œuvre (ou non) des capacités objectives définies plus haut.

On constate aussi qu’elles n’impliquent pas la force musculaire brute : elles lui préfère la connaissance et l’intégration de principe psycho-corporels et tactiques que l’on peut raffiner avec l’âge : la marge d’évolution et de progression apparaît donc infinie et non conditionnée par le déclin physique.

Une fois posées ces quelques jalons vers une réflexion construite sur les capacités martiales objectives, se pose la question du « comment » : Comment développer ces capacités objectives? J’aborderai ce second point dans le prochain article.

Note : J’ai retrouvé l’article ci-dessous dans les archives de la Pratique Sauvage. Je ne sais plus si je l’avais publié à l’époque. Il faisait suite à celui qui précède et introduisait une série de propositions, elles non publiées à ce jour. J’y travaille et essaierai de publier ça prochainement.

   Dans le premier article, j’ai tenté de définir dans les grandes lignes ce que l’on peut  entendre par capacité martiales objectives. Tâche ardue qui se heurte à la difficulté de définir les mots et idées, de se mettre d’accord sur le sens et l’étymologie des termes évoqués, particulièrement lorsque ceux-ci émanent de la langue japonaise ou chinoise par exemple; c’est aussi ce qui rend l’exercice intéressant. Ainsi les termes d »arts martiaux » , de « technique », de « pédagogie », de « méthode », de « tradition », de « classique » de Budo, de bujutsu, de Wushu, de Kuoshu…mériteraient tous un passage à la moulinette…

                Quoi qu’il en soit, la première étape étant posée, reste à savoir comment on développe ces capacités martiales objectives. Dans cette recherche, Il est bon, je crois, de ne se fermer aucune porte et de garder l’esprit ouvert et libre…et extrêmement humble. Je dois avouer que je suis loin, très loin de posséder les-dites capacités, même si je cherche activement dans cette direction. J’ajouterais que c’est justement en cherchant dans cette direction que cette réflexion est née. Ayant, comme je l’ai déjà brièvement exposé, côtoyé, fréquenté, visité, pratiqué pas mal de ces « arts martiaux » et « méthodes », et lu autant de livres, essais, articles…avec à la fois la plus grande implication en même temps que la plus grande objectivité (ce qui constitue l’impossible et paradoxale pari de  l’ethnographe..), je pense ne plus prendre les vessies pour des lanternes (c’est déjà de l’orgueil, me direz vous…).

Je commence à me rendre compte de l’ampleur de la tâche, et, en cherchant dans mes propres références, et en discutant à droite à gauche, je me rends compte que d’autres, bien avant moi, beaucoup plus légitimes et qualifiés, l’ont fait avant moi avec beaucoup plus de talent, de rigueur et de profondeur…Plutôt que de me lancer dans une théorie hasardeuse sur le comment, qui serait vraiment prématurée…je vais tenter de livrer au fur et à mesure le fruit de mes recherches, des pistes théoriques et pratiques que j’explore où que d’autres explorent ou ont exploré.

Ceci étant dit, le propre de la réflexion est qu’elle… réfléchit…ce que l’on est, au  moment où on est. Je vais donc assumer pleinement  l’image imparfaite de ce que je suis, celle que me renvoie le miroir encore fragmenté et opaque que je polis jour après jour…mais comme dit le poète, un vers trop poli ne peut pas être au net…

Et ce n’est pas notre ami Bodhidharma qui me contredira (l’indien pas le surfer…) qui finit les jambes et les paupières en moins…

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 Je livre donc ici les quelques notes prises il y a un mois quand m’est venue l’idée saugrenue d’écrire sur les »capacités martiales objectives ». Pour replacer les choses dans leur contexte, j’attendais mon fils aîné qui prenait son cours de Gouren (lutte bretonne). A son âge, il ne s’agit pas encore de lutte proprement dite, mais de jeux de motricité, d’équilibre et d’opposition, destinés à développer progressivement la confiance et les aptitudes à la pratique de la lutte. Un sujet passionnant (encore un) dont nous avons souvent parlé avec Allen Pittman. La lutte (non sportive) est selon lui, une  école idéale pour les enfants : outre les capacités motrices et autres, elle développe le « sens de l’autre » par la dimension du toucher : la capacité à projeter, balayer, immobiliser, voire à « faire mal » développe, chez l’enfant (et si la pratique est bien conduite) la (re)connaissance de l’autre dans son intégrité physique et morale, et par la même, le sens de la responsabilité…celui-ci augmente alors proportionnellement à la dangerosité des techniques abordées. La capacité d’empathie  et la compassion sont donc développés conjointement à la capacité de détruire : la valeur de la vie est au cœur de l’enseignement. C’est là, je crois une des « capacités annexes » fondamentales car nous suivons la voie de l’Homme véritable, qui n’existe pas sans la dimension de l’altérité.

Donc cette liste commençait ainsi : (je précise que ce ne sont pas encore des réponses mais encore des questions…) où aller chercher?

1/ Recherche dans les méthodes d’entraînement dites « traditionnelles »

Celle-ci sont véhiculées principalement par le biais des « écoles » d’origine plus ou moins anciennes, à la transmission plus ou moins légitime, à la pertinence plus ou moins prouvée (difficile de faire plus flou…mais il faut ménager les susceptibilités). Il semble que les écoles japonaises et chinoises constituent les exemples les plus emblématiques (mais pas exclusifs) de ce mode de transmission, je me référerai donc ici principalement à des exemples issus de ces foyers. Je ne vais pas le détailler ici car elles sont connues de tous.

 

La raison d’être des « méthodes » de combat, plus ou moins anciennes, parfois dites « traditionnelles » (là je ne m’engagerais pas dans cette forêt équatoriale pleine de pièges et de bêtes venimeuses) était, et devrait être encore aujourd’hui fondamentalement, l’acquisition de ces capacités martiales ; c’est à dire de compétences directement applicables pour le combat, avec en filigrane, la tentative de réduire au maximum la part de la surprise, de l’imprévu.   A ce titre, elles apparaissent comme la voie royale. Qui dit méthode dit principes, progression, pédagogie, etc. Le contenu de ces écoles s’est élaboré souvent sur plusieurs décennies, parfois plusieurs siècles, s’enrichissant d’apports extérieurs, s’épurant de l’intérieur, etc pour parvenir aux formes que l’on connaît aujourd’hui.

 La plupart des ces « méthodes », souvent appelées « arts martiaux » ont une grande richesse d’exercices, de formes, une tradition orale très riche et qui s’entretient de génération en génération. Elles sont nées dans un contexte historique précis, puis ont évolué avec le temps, s’adaptant aux pays où elles ont pris pied, se sont parfois démocratisées, parfois volontairement demeuré « confidentielles » (ce qui peut être un bon signe…ou un très mauvais…même remarque pour la démocratisation). Certaines font de la « communication », mettant en avant les valeurs éthiques, physiques, qu’elles véhiculent (ou sont sensées véhiculer…)

Il existe cependant différents problèmes liés à ces méthodes dites traditionnelles (encore une fois, je ne souhaite pas mettre tout dans le même panier)

Beaucoup de pratiquants, même après des années, voire des décennies de pratique sincère et intense, doutent encore (ou commencent à douter car on peut s’illusionner longtemps…souvent jusqu’à la douche froide de la confrontation avec la « réalité »…de la validité de « leur » méthode, et souvent ils finissent par la rejeter en bloc, la déclarant « non opérante », ou inefficace, ou « désuète », etc oubliant en cela que de toutes façons, ce n’est pas leur méthode qui combat mais eux-mêmes. Leur attention s’est focalisée trop longtemps sur la soumission à un moule (qui est celui du fondateur, ou sensei, ou gourou), comme un vêtement qui n’est pas taillé pour eux, et de déceptions (en anglais : leurrer…) en amertumes, de désillusions en désenchantements, le pratiquant abandonne…ou change, s’adapte, quand son corps n’a pas été trop cassé par des « méthodes traditionnelles » mal interprétées…

Un autre problème est lié aux différentes formes de lésions physiques (voire cérébrales) rencontrées par les pratiquants, soit par défaut de transmission, soit par excès de certains exercices dits traditionnels. Là encore, je ne vais pas épiloguer là dessus mais il est fâcheux que des méthodes de préservation de soi conduisent à des incapacités physiques avant l’heure…L’objet de cet article n’étant pas là, je ne vais pas m’étendre sur le sujet.

              Enfin, un des problèmes posés par les arts martiaux « traditionnels » est celui de savoir ce que l’on est en train de faire : Quel sens apporter à ces heures de pratique quotidiennes ou hebdomadaires : assurément, les motivations des adeptes n’appartiennent qu’à  eux mêmes et  n’ont pas à être soumises à une critique objective. cependant, il est bon d’essayer de démêler les siennes, afin de savoir dans quelle direction on veut aller. Suivre un enseignement avec une confiance aveugle en la capacité de nos guides à nous mener sur les chemins tortueux de la Voie est un engagement que bien peu de personnes décident d’assumer : et pour cause, ils sont légions les faux maîtres et gourous de supermarché, aujourd’hui comme hier…et la condition de disciple ou d’adepte, si elle est par définition pleine d’ignorance et d’incertitude, ne nous empêche pas d’exercer le sens critique que nos prédécesseurs  humanistes et philosophes nous ont légués. Et comment distinguer un « vrai » maître, si l’on n’est pas maître soi-même? Encore une question que je laisse prudemment sans réponse…

               

A suivre!

 

 

Taijiquan : une vidéo de référence

Beaucoup d’élèves me demandent régulièrement quelles vidéos ils peuvent consulter pour appuyer leur étude de l’enchainement de Taijquan. Je leur réponds : regardez tout ce que vous pouvez et faites vous une idée par vous-même… Je suis souvent bien en peine de leur donner une référence précise tant on trouve tout et n’importe quoi en matière de vidéos de Taijiquan sur le net, particulièrement dès qu’il s’agit de Maitre Zheng Manqing.  Je conseille néanmoins vivement celle qui suit :

 

 

 

 

 

 

Stage avec Allen Pittman

J’ai le plaisir d’annoncer le retour en Bretagne de Allen Pittman le mois prochain. C’est l’occasion de découvrir ou d’approfondir la Sagesse du Corps dans ses différentes dimensions.

Affiche stage

  • A l’invitation de Stéphane Cottier, Allen donnera un stage sur les fondements de la Sagesse du Corps (Au sol) à Concarneau.

Ce stage, ouvert à tous, se tiendra le vendredi 19 février de 19h30 à 22h à Concarneau (29)

Complexe Sportif « Le Cossec »
Dojo des Sables Blancs
Avenue Robert Jan
29900 CONCARNEAU

Ce stage est ouvert à tous et constitue une introduction idéale à cette pratique.

Tarif : 30 euros

Vous pouvez contacter Stéphane au : 0975801742

  • Nous poursuivrons le samedi 20 février à Huelgoat (29)

Cette journée sera consacrée plus spécifiquement aux aspects tactiques de la Sagesse du Corps : L’occasion d’aborder la « Danse des Amazones » et la Lutte Celtique . Cette journée est également ouverte à tous.

Horaires : 10h-12h30 et 14h30-17h

Lieu : Dojo de l’école primaire Jules Ferry, Huelgoat (en face du stade de foot)

Tarifs : 50 euros (40 pour les adhérents Stok-Ha-Stok)

  • Et enfin le dimanche 21 février sera consacré au Hsing-I-Chuan, art martial interne chinois. Ce stage est également ouvert à tous. Nous y aborderons les « Tien Gan », exercices de préparation du corps et réviserons les applications des Cinq Eléments.

Renseignements : 06.48.00.69.36

Horaires : 10h-12h30 et 14h30-17h

Lieu : Dojo de l’école primaire Jules Ferry, Huelgoat (en face du stade de foot)

Tarifs : 50 euros (40 pour les adhérents Stok-Ha-Stok)

Stage complet : 110 euros

Samedi et dimanche : 80 euros

Je publierai dans les semaines qui viennent quelques articles qui présenteront les thèmes abordés au cours du stage. Vous pouvez dès à présent aller lire les différents articles consacrés au travail d’Allen Pittman sur ce blog :

https://lapratiquesauvage.wordpress.com/articles-allen-pittman/

ou celui de Leo Tamaki :

http://www.leotamaki.com/pages/Allen_Pittman-8922710.html