écrits personnels

Le dojo est partout

 

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Les stages de Allen Pittman approchent à grand pas (note : au moment où cet article a été écrit…maintenant, il faudra attendre l’automne 2014…), et c’est une grande joie pour moi de pouvoir recevoir à nouveau celui qui est mon professeur principal depuis maintenant cinq ans. Je dis principal, car je continue de suivre avec autant d’intérêt d’autres professeurs et maîtres, dans d’autres disciplines. Ce qui relie ces différents enseignements, au delà de différences techniques évidentes, c’est une certaine conception de la pratique et de la transmission, ainsi qu’une recherche qui tourne « en gros », autour des « capacités martiales objectives »  et d’une pratique qui, pour soutenue et sérieuse qu’elle soit, s’interroge elle-même et interroge son rôle dans la société, sa place dans la vie quotidienne, et sa capacité à faire de nous des êtres humains à part entière. A mesure que les années passent, cette dernière tâche, « devenir simplement un être humain » prend de plus en plus d’importance. Devenir fort et souple physiquement, le demeurer le plus longtemps possible en réveillant et en cultivant une intelligence du corps est à mon sens la raison d’être première des arts martiaux. Le rêve (fantasme) de l’invincibilité, pour sa part, bien que légitime, ou du moins compréhensible, s’effiloche à mesure que les années nous rendent plus sensible à la souffrance d’autrui : c’est je crois l’un des paradoxes merveilleux de la pratique martiale…bien conduite.  Il s’agit aussi, chemin faisant, d’explorer en nous-mêmes les zones obscures, nauséabondes parfois, que l’éducation nous incite à refouler. la confrontation avec ces visages, ces autres masques de nous-mêmes, a de quoi nous repousser. Est-il indispensable de les affronter tous, méthodiquement, de les tailler en pièces, de les trancher comme autant d’hydres à faces hideuses? C’est une question à laquelle chacun répond selon sa conscience, et son courage. Il est peut être parfois préférable d’apprivoiser certains dragons que de les combattre de front…. Une des choses que j’aime le plus dans l’art religieux, qu’il soit médiéval en Europe, ou issu de l’hindouisme, du bouddhisme Vajarayana dans ses différentes expressions, est la richesse infinie de leur bestiaire monstrueux : les milles visages de nos peurs, de nos passions et attachements. Et toujours, l’épée, la massue, l’arc, le sabre, la lance, dans les mains du saint courroucé, du bodhisattva, toujours la parole créatrice ou destructrice, qui entre et sort de sa bouche. Et toujours l’arme ultime, celle qui surpasse toutes les autres, l’Amour… j’hésite même à l’écrire tant le terme est galvaudé et tant je me sens démuni en la matière…

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