A propos de pratique personnelle

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     Au fil des années de pratique, j’en suis venu à me passionner pour les routines personnelles quotidiennes auxquelles tout pratiquant sérieux s’astreint. Le terme « s’astreindre » ne convient d’ailleurs pas vraiment, car pour ma part, c’est un moment que j’attends (presque) toujours avec impatience. Un mélange personnel d’exercices simples de mobilité articulaire, d’étirements, de mobilité au sol, de Qi-gong et de Nei-gong…et finalement les formes (Taiji chaque jour, le reste plus occasionnellement), le tout puisé aux sources les plus diverses, au fil des années de pratique et de rencontre. Cette routine est d’ailleurs très plastique puisqu’elle évolue, s’enrichit ou se simplifie au gré du temps, tout en conservant son noyau. De même, il me semble que je vois de plus en plus clairement « où je veux en venir » avec ce travail : le sens et les principes qu’impliquent les exercices, l’intention et l’attention juste, l’alignement juste, la pratique avec partenaire servant ensuite en partie à valider (ou pas) la justesse de notre pratique.
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     Je suis toujours très intéressé de voir que les adeptes de haut niveau attribuent pour certains leur niveau à la pratique rigoureuse de leurs exercices personnels, souvent différents de ceux qu’ils enseignent au grand public… pour la raison simple que ces routines sont conçues pour eux-mêmes, selon une logique interne qui doit souvent plus à l’intuition qu’à des nécessités pédagogiques…Elles sont la quintessence de leurs années de pratique et de recherche, et « habitent » l’adepte au sens profond…ils vivent avec, marchent avec, mangent avec, et quand ils dorment, elles infusent encore et imprègnent leur inconscient. De même elles transpirent dans leur pratique, comme un double d’eux-mêmes. Peut-être le « corps de Budo » dont parlent certains. Parmi ces adeptes, certains d’entre eux soucieux de transmission tentent ensuite de formuler dans un corpus pédagogique les principes et le moyen de les travailler.
     Les adeptes médiocres que nous sommes essaient de percer leur secret. Nous pratiquons les formes qu’ils nous ont léguées. En les pratiquant, nous pouvons peut-être parvenir ressentir ce qu’ils ressentaient. Les formes en arts internes ne sont pas juste une compilation de mouvements, mais les principes y sont « encodés », comme me le disait récemment Tim Cartmell lors d’une conversation passionnante. Les formes sont donc le legs des maitres du passé, la carte du territoire dans lequel nous évoluons, le moyen de communiquer avec eux aussi. C’est un véritable trésor qui nous est transmis, et là réside en partie la beauté des arts traditionnels.
     Malgré tout, nous sentons bien avec le temps, qu’il ne s’agit pas de singer nos maitres…
(On peut d’ailleurs voir là une des sources des soi-disant « transmissions secrètes », inépuisable tarte à la crème dans le monde du Budo ou des arts chinois, qui sont sources de fantasmes et de querelles aussi sempiternelles que stériles. )
Nous sentons bien que les formes ne peuvent à elles-seules nous emmener au-delà d’un certain seuil. Nous pressentons que nous devons finalement forger nos propres outils…
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     Aujourd’hui, j’attribue l’essentiel de mes progrès à la pratique de mes propres routines quotidiennes. Je n’ai rien inventé mais l’intention que je mets dans mes mouvements, et la façon dont je compose ma pratique personnelle n’appartiennent qu’à moi. Gratitude envers mes maitres et professeurs de pointer dans la direction à suivre, non pour leur ressembler comme des clones, mais pour avoir la chance d’effleurer du bout des doigts (de pieds) la profondeur de ce qui est là, sous nos yeux et sous nos pas…
et Hop !
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