Cultiver la force de vie

Une traduction d’un extrait de l’excellent  livre « Xingyi Neigong », par Dan Miller et Tim Cartmell, sur les méthodes de Neigong (travail interne) du Xingyiquan.  J’avais publié cette traduction il y a quelques années, et je viens de la retrouver… toujours autant d’actualité !

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Bien que les postures et les mouvements du Xingyiquan puissent varier d’un style à l’autre, ils se conforment tous à des principes naturels (incluant les lois de la physique, la mécanique corporelle, les flux d’énergie physique et mentale, etc). Le corps et l’esprit ne sont jamais forcés et ne devraient jamais subir trop de tension. La santé est perçue comme la base de la puissance martiale. Les maitres de Xingyiquan disaient souvent que l’exercice doit doit être wei sheng, protéger la vie (en langage commun, wei sheng signifie « hygiénique »). Le sens le plus général de ce concept est que tout entrainement physique et mental devrait cultiver la force de vie et construire la santé. Les maitres de Xingyi voyaient les formes extrêmes de conditionnement et d’entrainement qui augmentent la puissance martiale au détriment de la santé générale ou qui abiment l’intégrité des tissus corporels comme stupides et finalement contreproductives. Les formes d’entrainement qui impliquent une respiration forcée, le conditionnement en frappant le corps avec des objets durs et le surentrainement d’une partie du corps comme « arme », aboutissent souvent à une diminution de la santé et de l’efficacité.

Par contraste, les méthodes de Xingyiquan insistent sur le fait que tout entrainement à la puissance martiale doit en même temps cultiver la force de vie et construire la santé. Dit simplement: les gens qui sont affaiblis par la maladie ou un entrainement déséquilibré n’ont pas la force ou l’énergie suffisante pour combattre. Cela semble tellement évident qu’il parait ridicule de le rappeler; pourtant beaucoup de gens s’engagent dans des formes d’entrainement qui tout en développant une efficacité dans un domaine précis, les éloigne des effets bénéfiques généraux pour finalement les déposséder de leur vitalité et et de leur capacité à combattre. Les postures et les mouvements du Xing Yi Quan insistent tous sur la santé et le renforcement du corps comme base de la puissance martiale. Un autre bénéfice pour la santé vient du fait que maintenir les postures statiques s’apparente à une forme de méditation. L’esprit se calme, se concentre et est unifié avec le corps. Cela réduit l’activité nerveuse du système sympathique (qui est actif durant l’excitation de l’activité nerveuse type « combattre ou fuir » ; « Fight or fly »: ndt) et permet l’apparition de ce que le chinois nomme « ru Jing » (entrer dans l’immobilité, ou le calme) et qui est connu en occident comme le mécanisme de relaxation (litt : réponse de relaxation). Le corps est en mouvement tandis que l’esprit se repose. Il est possible que l’on n’ai jamais à utiliser ses compétences martiales « pour de vrai » au cours de sa vie, mais chacun doit vivre avec son état de santé chaque jour. Il parait donc pertinent de pratiquer un système qui développe et la santé et l’ habileté martiale. La pratique du Xingyiquan développe les deux en même temps. Bien qu’aucune pratique ne constitue une panacée à tous les maux, ni ne fasse de nous des supermen ou superwomen, si la méthode d’entrainement à laquelle nous choisissons de nous consacrer ne nous permet pas de cultiver notre « force de vie », de construire notre santé et de nous donner la vitalité nécessaire à réaliser nos objectifs, il y a de grandes chances que ce soit une perte de temps.

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Sun style Xingyiquan Wu Xing Quan

 

Très en retard sur mes compte-rendus de stage, embringué  dans  la moulinette infernale du temps qui passe, je trouve enfin un peu de temps pour écrire et alimenter la Pratique Sauvage. En novembre dernier, nous avons eu la chance de recevoir M Per Nyfelt, de Stockholm, pour un stage consacré au Xingyiquan de style Sun. Per Nyfelt est réputé pour son excellente connaissance de l’ensemble des arts martiaux de la famille Sun (Xingyiquan, Baguazhang, Taijiquan). Le Xingyiquan que nous pratiquons est légèrement différent, mais nous avons pu mesurer la cohérence des principes au delà des variantes d’écoles et glaner de précieux enseignements. Après la pratique du Dao Yin Neigong, nous avons consacré un certain temps à la pratique des « postures » Wuji et Santi shi, avant d’apprendre détail les 5 éléments (Wu Xing Quan) propres au style Sun. Une partie importante du stage a été consacrée enfin aux formes à deux : Wu Hua Pao, Wu Xing Sheng Ke, et San Shou Pao, pratiques avec lesquels nous étions peu familiers.

Per Nyfelt démontre ici les Poings des Cinq Éléments du Xingyiquan Sun que nous avons étudiés.