Les Cinq Poings du Hsing-I

Nous commençons cette année un cycle d’étude autour du Hsing-I-Chuan, art martial traditionnel chinois connu pour être facile à apprendre mais difficile à maitriser. Son étude se fonde sur Cinq mouvements fondamentaux communément appelés « Poings des Cinq Éléments », qui correspondent aux cinq éléments de la pensée chinoise, que l’on retrouve notamment dans la médecine traditionnelle chinoise. Je propose ici une traduction d’un article de Allen Pittman qui introduit à l’étude des Cinq Poings (Wu Xing Quan). Il est illustré par quelques photos de maitres illustres des arts chinois internes, Wang Shujin, Zhang Zhaodong et surtout Hung-I-Mien, de qui provient l’esentiel du Hsing-I que nous pratiquons.

« Le Hsing-i, ou Xingyiquan, est un art martial et de santé chinois basé sur les méthodes d’entrainement de l’ancienne infanterie chinoise. On l’inclut dans la famille des arts « internes » chinois, au même titre que le Taijiquan, le Baguazhang, ou le Liu He bafa.
Hsing ou (xing) fait référence à la forme, tandis que I (Yi) fait référence à l’intention. Chuan (quan) fait référence à l’art du combat à main nue. C’est donc la « boxe » de la forme et de l’intention, c’est à dire que la forme et l’intention se rejoignent. Précisions que le terme de « boxe », pour les arts chinois, recouvre les arts de combat à main nus englobant aussi bien les techniques de frappe à mains fermées ou ouvertes, mais aussi de frappes avec les autres armes naturelles du corps humain (coudes, épaules, genoux, hanches, tête, pieds, etc), les techniques de lutte au corps à corps, les projections, les clés (Chin na), etc, ainsi que certaines armes.

Les cinq poings du Hsing-I

La théorie du Hsing-i (Xingyiquan) consiste à partir après, mais arriver avant l’attaque de l’adversaire. Pour cette raison les mouvements doivent être précis.
Veillez à ne pas rajouter d’ondulations, de rebonds, de tremblements ou autres mouvements superflus. Ces adjonctions décoratives peuvent sembler embellir l’art, ou le rendre plus théâtral, cependant rappellons-nous que le Hsing-i n’est pas un art du spectacle, mais un art interne, avec des applications martiales.
C’est la « boxe de la forme et de l’intention », donc, fondamentalement, l’expression d’une idée. Ainsi, vous devez avoir l’idée en tête quand vous pratiquez. On trouce ces idées fondamentales dans les cinq élements, ou cinq catalyseurs :

Une étude de Pi-Quan
1. Fendre (Splitting/ Pi Quan/ Élément Métal ou Air/ Poumons, gros intestin)

 hongHung-I-Mien Pi Quan

Fendre évoque l’image d’une hache qui tombe. Il peut s’agir d’un mouvement court, comme fendre un galet, ou comme une large courbe, comme pour fendre du bois. La montée des bras provoque l’élévation des côtes, laissant plus d’espace aux poumons pour se gonfler et se remplir d’air quand vous inspirez. Expirez tandis que les bras redescendent. Essayez de garder en permanence la conscience de vos pieds, et notez comment s’interconnectent le haut et le bas du tronc, particulièrement au niveau du nombril.
Veillez à ce que le pied arrière ne soit pas ramené trop près du pied avant lorsque vous faites un pas. Un demi-pas est la bonne longueur. (…) Contrôlez votre pied arrière, qui devrait avoir un angle de 30 à 45 °, selon la position de votre genou. Avec la pratique, votre ossature va changer et la forme de votre zone genou-orteils va se modifier à mesure que vous deviendrez plus souple des hanches. Prenez le temps qu’il faut. En général, cela requiert environ un mois de pratique quotidienne, entre une demi-heure et une heure par jour. Le processus prendra plus de temps si votre pratique n’est pas régulière.

2. Forer (Drilling/Zuanquan/ Élément Eau/ Vessie Reins)

4cbf4ded219180f6277c2e03a6f629f0Hung-I-Mien Zuan Quan

Certains professeurs mettent « écraser » en deuxième position, mais les cosmologies anciennes, pour des raisons rituelles et thérapeutiques, mettent «vriller » en seconde position. Vous pouvez pratiquer de deux manières. Notez l’expansion de vos côtes inférieures au dessus des reins, quand vous pratiquez cette forme. Asseyez vous bien sur la jambe arrière lors du pas arrière. Cette forme utilise l’énergie d’opposition ou énergie de déchirure, avec les mains qui prennent des directions opposées. La vrille se situe en fait dans la main avant, qui passe de paume vers le bas à paume vers le haut.Tout comme fendre, cette forme est en ligne directe.

3. Écraser (Crushing/ Bengquan/ foie-vésicule biliaire)

bengquan Beng Quan

Les anciennes formes d’écraser étaient habituellement pratiquées en réalisant un arc vers le bas. Cette forme est associée au foie (élément bois) et prend donc logiquement cet organe pour cible. La « gueule du tigre », la zone qui s’étire en tre le pouce et le majeur, est idéalement alignée sur l’aisselle, et la rotation des hanches permet d’aligner le poing sur le centre du corps. La traction de la main opposée est très importante pour la justesse de la posture, autant que pour la fonctionnalité. Selon les styles, cette technique ets réalisée de façons variables, coup d’estoc direct, coup de marteau par dessus la tête, ou encore, direct vers le bas. Cette forme se pratique aussi en ligne directe.

4. Piler (Pounding/ Pao quan/ Element Feu/ Coeur)

o-zyukin03Wang Shujin Pao Quan

La position du bras, qui protège la tête, peut varier considérablement. La version compacte du professeur Hung I Mien, évoque une licorne tenant sa propre corne. La version plus ample de Chen Pan Ling, étire le coude loin vers l’arrière, comme dans le tir à l’arc, et fonctionne bien contre un large crocher donné à l’aveuglette. Cette forme utilise le « pas des 7 étoiles », c’est à dire qu’elle évolue selon une structure en zig-zag.
Cette forme, associée au feu, renforce le cœur, qui est aussi sa cible.N’attendez pas le pas arrière pour frapper.Étendez la main assez tôt, en même temps que le pas avant initial. Ou bien vrillez avec la main avant qui est en protection, en même temps que vous faites le premier pas, puis frappez avec la main arrière en coordination avec le pas arrière.

5. Croiser (Crossing/ hengquan/ Element Terre/ estomac-rate)
Selon Huang Po-Nien, dans son vieil ouvrage sur le Ba-gua, « croiser » représente la même tactique que le « changement de paume simple » du baggua. Souvenez vous que la main qui croise le fait par l’extérieur de la main qui se rétracte. Le mouvement peut varier entre un coup purement latéral en travers du diaphragme, un coup de type  uppercut en « tournevis », ou encore un coup de type « marteau-descendant ». le jeu de jambes suit une ligne circulaire qui ondule comme une vague. Ce poing est aussi appelé le « Poing-Mère », car on peut y retrouver les quatre autres Poings du Hsing-I. Croiser est associé à l’estomac et à la rate, qui sont aussi ses cibles. On peut aussi viser sous le menton, ou à la gorge.

Conclusion

Souvenez vous que le contact du coup peut intervenir bien avant la fin du mouvement. Les cinq poings constituent une très bonne bas pour n’importe quel quatre art martial. Ils permettent d’acquérir le jeu de jambes et l’alignement corrects, renforcer les jambes et les poumons, et développer le réflexe de « croiser/ramper ». les mouvements à mains nues se transfèrent facilement au port d’un couteau, d’un marteau ou d’une hache. Évidemment, le principal dans le travail aux armes est de ne pas croiser les bras. La transition des mains nues aux armes crée une nomenclature complètement différente, qui repose en grande partie sur la longueur de l’arme son tranchant et la forme de la lame (s’il y en a une…) certains des plus célèbres pratiquants de Hsing-I étaient réputés pur leur habileté à la lance.
La géométrie des mouvements, l’alignement des membres, (les 6 harmonies), la verticalité de la colonne vertébrale, et l’enracinement des jambes permet au pratiquant d’avancer avec le courage d’une forteresse ».

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