Mois: mai 2015

9ème NAMT et 6ème Taikai

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Wazaaaaa!

Dans quelques jours se tiendra à Paris la 9ème nuit des arts martiaux traditionnels. C’est un bel événement dont on doit l’initiative à Leo Tamaki. J’y ai pris part au cours des quatre années passées. Soit en tant que spectateur, en tant qu’assistant de mon professeur Allen Pittman, et même en tant que présentateur (dans l’ombre) l’année passée! Cette année, Leo m’a fait l’honneur de m’inviter à y participer moi-même en tant que démonstrateur. Je dois dire que cette invitation, pour honorante qu’elle soi, ne m’a pas fait bondir de joie.
Premièrement parce que je ne me considère pas moi-même comme un expert, mais comme un pratiquant d’expérience. Je ne suis pas professionnel et n’ai rien à vendre. Je me suis donc posé la question de ma légitimité à participer à un tel événement. Je sais qu’il existe une multitude d’experts rien que sur la place de Paris, et en France en général, qui seraient à même bien mieux que moi de démontrer la richesse de leur pratique.
Deuxièmement, parce que j’ai un peu de mal avec les démonstrations d’arts martiaux en général. J’ai eu l’occasion d’écrire sur le sujet, il y a quelques temps, certains s’en souviennent peut-être.  Mes impressions n’ont pas changées. Je suis rarement ému par les démos, souvent agacé, parfois effaré.
Troisièmement, je n’ai pas fait de démonstration publique (moi-même j’entends) depuis l’époque lointaine où je passais des « grades ». J’ai un peu d’expérience du théâtre mais je ne sais pas si cela m’aidera en quoi que ce soit.
Pourquoi alors avoir accepté ?
Devançant mes réticences, Leo a su me convaincre et me mettre en confiance, me rappelant avec humour que « de toutes façons, les gens ne viennent pas pour me voir », et que c’est une expérience à vivre. De plus j’apprécie beaucoup l’esprit qu’instille Leo dans cet événement, et les efforts qu’il déploie pour présenter au mieux, sans fards et avec tenue la diversité des pratiques martiales du monde.

Il ne s ‘agit donc pas de flamboyer en habits de lumière ou de démontrer ses super-pouvoirs, mais seulement de montrer un peu de ce que l’on fait, semaine après semaine, année après année, en essayant de rendre cela lisible, honnête, intéressant. Et en jouant à cache-cache avec son égo, qui bondit comme un singe en furie. En résumé, même si je n’en mène pas large, je suis très heureux d’y participer.
Je démontrerai donc quelques aspects du Hsing-I-Chuan, qui est l’art chinois que j’ approfondis ces dernières années. Je participerai aussi à la master-class de Herblay le samedi après-midi. L’occasion de découvrir pour ceux que cela tente, quelques notions de Hsing-I et de Taichi.

Le programme de l’Aiki Taikai.
A bientôt !

 

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Empreintes

C’est en prêtant attention à une suite troublante d’émotions esthétiques durant l’année écoulée que je me suis décidé à écrire cet article. Ce n’est qu’hier, me trouvant incidemment à faire des recherches sur les techniques de gravure sur bois (d’où est-ce que me vient cet intérêt soudain pour la gravure sur bois me dis-je alors?), que le lien unissant ces différentes rencontres, expériences, émotions artistiques m’est apparu clairement : elles ont en commun l’idée (faute de mieux) d’empreinte, de trace, de transfert.

Petit retour, plus ou moins chronologique sur le phénomène :

Mes différents centres d’intérêt, ainsi que mon travail de professeur d’Histoire-géo, me mettent régulièrement en contact avec des gravures, et notamment les maitres allemands de la gravure, comme Albrecht Dürer. J’en vois passer tous les jours, sur toutes sortes de sujets : religieux ou philosophiques, historiques, martiaux (voir les gravures sur la lutte de Lukas Cranach Le Jeune) je les apprécie, et je les oublie.

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        Lukas Cranach Le Jeune et Dürer au dessus.

Aux alentours de l’été dernier, je me rends au musée départemental de Quimper avec mes enfants pour visiter l’exposition : Hokusai, Hiroshige, Rivière : l’amour de la nature. Je suis depuis longtemps un amateur des deux maitres japonais, je découvre Rivière, que je connais moins, et nous restons fascinés par un documentaire sur le processus de fabrication d’une estampe « à la japonaise » (ukiyo-e) : la sculpture des différentes matrices, qui recevront chacune différents motifs et couleurs de l’estampe finale (7 planches pour la célèbre « Grande vague de Kanagawa), la succession des encrages, apportant pour certaines de simples nuances de gris ou de bleu qui viennent appuyer les ombres.

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Peu de temps après, je découvre le travail de l’artiste Tom Killion en feuilletant de vieux numéros de l’excellente revue « Surfer Magazine ». Je vous laisse découvrir son travail ici : Le site de Tom Killion

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Tom Killion : un hommage évident au « vieux fou de dessin »

Puis en visionnant un documentaire sur le Japon, je découvre l’existence du Gyotaku.: L’art traditionnel japonais de l’empreinte de poisson : Un art qui remonterait au milieu du XVIIIè siècle, et qui aurait servi aux pécheurs à garder traces de leurs prises pour les comparer, avant de devenir un art à part entière. Cela consiste essentiellement à peindre sa prise puis à y coller une feuille de papier, qui en reçoit l’empreinte. Certains y ajoutent ensuite des couleurs, des ornementations ou des signatures.

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A la même période, je découvre en surfant sur le net un bouquin fascinant : Woodcut, par Bryan Nash Gill. L’artiste imprime des coupes de différentes essences de bois, d’âges et de formes diverses et en tire des impressions extraordinaires…

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Bon… oui et alors, me direz-vous… et alors cette suite d’expériences autour d’un même thème me pose un peu question quand même. Cette découverte est encore toute fraiche, et j’oublie sans doute d’autres occurrences qui viendraient renforcer cette intuition. Je vais maintenant laisser mes recherches vagabonder dans les formes multiples de l’impression, de l’empreinte, je ne sais pas ce que cela donnera, vers quoi ça me mènera. Je ne sais pas trop quoi faire de ces coïncidences, et pour tout dire, j’essaie d’éviter de me raconter des histoires. Dois-je y voir un signe? Un appel? Je n’en sais foutre rien. Ce qui me frappe et m’émerveille, ce qui m’étonne au premier sens du terme, c’est de voir à l’œuvre un truc qui me travaille depuis des mois et m’en rendre compte seulement maintenant. Ce qui m’émerveille, c’est que beaucoup de choses se passent comme ça au cours de l’existence, rencontres, intuitions, odeurs, couleurs, gestes, tensions, mouvements, réminiscences, ils maturent dans les plis de l’encéphale ou du cœur, attendant leur moment pour faire leur sortie, comme ça, sans crier gare, sans fard. Ce qui m’émerveille c’est qu’une grande part de nous-même, nous qui croyons nous connaitre mieux que quiconque, s’abreuve et s’enivre en secret, et en permanence (et dans la plus grande impunité) à d’innombrables sources sensorielles, et ceci pour ainsi dire sous notre nez, alors même que nous nous efforçons de nous composer pour nous mêmes et pour les autres, des visages aux contours rassurants et familiers.  L’Art révèle ça, et peut-être ne parle que de ça.

Tiens, une dernière coïncidence : en écrivant cet article, je visite le site du Musée Départemental Breton. En ce moment, une expo :

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