« La transmission du Taijiquan »

 

 

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Je relis actuellement l’ouvrage de Jose Carmona : La transmission du Taijiquan. Et je ne peux qu’en conseiller chaudement la lecture. C’est jusqu’ici le meilleur ouvrage sur l’histoire et les mutations historiques et techniques du Taijiquan que je connaisse en français. L’auteur est un authentique pratiquant, sinophone, à la longue expérience des styles modernes de Taiji, ainsi que des styles plus anciens. Son ouvrage confirme complètement les informations que j’ai pu échanger avec Allen Pittman au sujet des transformations techniques et pédagogiques des arts martiaux chinois, ainsi que la transformation progressives de leurs objectifs, au gré des vicissitudes politiques et des mutations culturelles de la Chine au Xxème siècle. Loin de dénigrer aux méthodes de Taiji contemporaines une incontestable valeur prophylactique, il présente ce que la pratique « ancienne » devait être, et le degré d’engagement et de dévouement qu’elle requerrait. Il égratigne sévèrement au passage les tenants d’un Taiji « magique », « spiritualiste », voire « miraculeux », qui sont légions aujourd’hui et contribuent à véhiculer une image tronquée du Taijiquan. Il dénonce également l’évolution « performative » du Taiji, ainsi que ses avatars sportifs, tout en reconnaissant la valeur du Sanda moderne dans l’acquisition d’un solide bagage combatif. C’est une entreprise de démythification salutaire, à laquelle il se livre ici, dont le Taijiquan sort paradoxalement grandi. Il donne à voir la profondeur et la pluralité d’une pratique, qui se passe très bien des délires mystico-gélatineux, une pratique « conviviale » dont on découvre la profondeur dans son corps, riche d’un héritage conceptuelle, poétique, et pratique tout à la fois. Il rétablit aussi la dimension ardue, éprouvante du Taijquan, et le degré d’autonomie qu’il exige. Cette notion d’autonomie est particulièrement fondamentale pour qui veut entrer sincèrement dans une pratique « traditionnelle », quelle qu’elle soit. Elle inclue, à mon sens, outre une pratique quotidienne, solitaire, diligente et intelligente, une autonomie intellectuelle, un travail de recherche, de questionnement, voire de remise en cause des « doctrines » véhiculées par les Taiji d ‘école. Il est rare de rencontrer des pratiquants possédant cette autonomie. Il est rare aussi de rencontrer des professeurs ayant bénéficié eux-mêmes de cette transmission conviviale, « hands on » (je ne trouve pas l’équivalent en français »… de personne à personne…?), et à même de transmettre à leur tour sans verser dans un enseignement  normatif et mercantile. Rare enfin de voir réuni dans la même personne une exigence et une indépendance intellectuelle, doublée d’une grande culture. Ce genre de personnes, quand elle sortent de l’ombre, suscite forcément des grincements de dents… mais c’est tout à leur honneur.

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